Leçon 1, Chapitre 1

Retournement

steinner 9 août 2022
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Les rides sur les mains de votre père vieillissant. Le cri d’un nouveau-né. Une sculpture dans une galerie d’art. Une certaine combinaison de notes dans un morceau de musique. Une goutte de rosée sur un brin d’herbe. Une expression sur le visage d’un étranger qui, l’espace d’un instant, fait fondre votre cœur.

L’unité qui soudain transperce le voile de la séparation.
La vie est riche en mystères.
Je parlais récemment avec une amie qui venait juste de donner naissance à un enfant.

Cette amie est une scientifique, une personne qui pense rationnellement, et qui, de plus, est athée, ne manifestant aucun intérêt pour une quelconque forme de spiritualité ou de religion ou pour quoi que ce soit qui ne peut être prouvé par des recherches attestées par une communauté critique » comme elle a l’habitude de le dire.

Elle croit que la vie a plutôt à voir avec le fait de travailler dur, prendre soin de la famille, économiser pour les vieux jours, et finalement prendre sa retraite et profiter de la vie avant la mort.

Et pourtant, lorsqu’elle parlait de l’expérience de la naissance de sa fille, ses mots n’étaient pas ceux d’une athée ; c’était des mots à consonance religieuse, spirituelle, des mots imprégnés de respect, d’admiration, d’émerveillement face à l’immensité du miracle de la création.

Elle parlait du fait même du miracle de la vie, le mystère de la naissance et de la mort, le mystère cosmique qui transparaît en toute chose. Elle me racontait que lorsqu’elle a tenu dans les bras son enfant pour la première fois, toutes ses pensées centrées sur elle-même se sont dissoutes, que le passé et le futur se sont dissous aussi, et que soudain il n’y avait que cela : la vie elle-même, le présent, le mystère. Il n’y avait que ce précieux instant, ici et maintenant, et rien de plus.


Elle me racontait comment elle avait pleuré de gratitude en contemplant pour la première fois les petits doigts fins de sa fille, leur extrême délicatesse, leur grande fragilité.

Elle exprimait à quel point elle était étonnée que quelque chose de si mystérieux et de si vivant ait pu émerger d’elle et jaillir de nulle part, étonnée que la vie produise la vie à partir de la vie elle-même et que quelque part un aspect de la vie présent à l’instant du Big Bang soit également présent ici et maintenant sous la forme de cette adorable petite créature rose.

Elle s’est retrouvée soudain consumée par un amour inconditionnel pour sa fille, pour tous les bébés et les mères du monde, pour toute l’existence. C’était un amour pour lequel elle n’avait pas de mots.